Antibes historique
Gustave Auguste FERRIÉ est né le 19 novembre 1868 à Saint-Michel en Savoie (devenue Saint-Michel-de-Maurienne depuis 1953).
Son père, Pierre Ferrié, était ingénieur aux Chemin de fer de Provence et résida un temps à Nice.
Il fit des études au lycée de Draguignan, puis fut admis à l’école polytechnique.
Il fut nommé officier télégraphiste en 1893, ce qui l’amena à s’intéresser à la radiotélégraphie.
Il dota l’armée française d’un des meilleurs réseaux de télégraphie sans fil du monde. Pendant la guerre de 14-18, il sécurisa les télétransmissions de la capitale, en créant un réseau en sous-sol.
Devenu général en 1919, il proposa la création d’un organisme international destiné à harmoniser les mesures de l’heure faites dans les différents observatoires du monde, ce qui aboutit à la création, en 1919, du Bureau International de l’Heure dont le siège fut fixé à l’observatoire de Paris.
Il fut reçu, en 1922, à l’académie des sciences, et fut élevé à la dignité de Grand-croix de la Légion d’Honneur et mourut peu après à Paris, à l’hôpital du Val de Grâce, le 17 février 1932 des suites d’une appendicite mal soignée.
Paul de Fersen est le fils de Paul Karlovitch von Fersen. Ils sont issus d’une vieille famille allemande originaire de Basse-Saxe en Allemagne, la famille VON VERSEN, de tradition militaire qui se dissémina en Europe du nord. Ainsi, une partie de cette famille partit s’installer tout d’abord en Poméranie, puis au cours du XVIe siècle, en Livonie (côte est de la Baltique). Celle-ci étant sous domination suédoise, le nom évolua en FERZEN ou FERSEN.
En 1674, les FERSEN sont élevés au rang de « Baron de la chevalerie suédoise ». De la branche suédoise, on retiendra le nom d’Axel de Fersen, né en 1755 à Stockholm, devenu le favori de la reine de France Marie-Antoinette, mort lapidé à Stockholm en 1810. On retrouve plus tard certains membres devenus russes, au service du tsar de Russie. En 1795, le général d’infanterie russe Hans Heinrich baron von Fersen (1743-1800) reçoit le titre de « comte ».
Pavel Karlovitch Ferzen, le père du comte Fersen d’Antibes, est né à Saint-Pétersbourg le 16 février 1800. Il est le fils de Karl Ivanovitch FERZEN (1779-1825) et de Charlotte Gustanovna von Silvert-Hamist (1782-1820), filleule de Paul 1er empereur de Russie. Il embrassa très rapidement la carrière militaire, fut reconnu pour son courage lors des diverses campagnes militaires auxquelles il participa. Il fut ainsi admis à la cour impériale comme conseiller d’État actif, puis en 1854, reçut le grade de Jägermeister, c’est-à-dire de maître des chasses du Tsar. Mais sa brillante carrière fut brusquement ruinée le 29 décembre 1870 par un accident de chasse au cours duquel, il tua, apparemment accidentellement, le conseiller Vladimir Yakovlevitch Skariatine. L’affaire fut étouffée, mais le comte Fersen fut démis de ses fonctions. Il partit alors en Allemagne et mourut à Dresde le 23 février 1884.
De son mariage avec la comtesse Olga Pavlovna Stroganova (1808-1837), il eut trois enfants : Pavel (ou Paul) (1830-1865), Sophia (1832-1863) et Manuil (1834-1848). Ils furent tous trois élevés par leur tante, la comtesse Natalia Pavlovna Stroganova (1792-1872).
Pavel Karlovitch von Ferzen
Olga Pavlovna Stroganova
Leur fils Pavel, devenu Paul, va également faire une carrière militaire. Il est né le 10 avril 1830 (date incertaine) à Saint-Pétersbourg (Russie). Son père, Pavel Karlovitch von Fersen, né à Saint-Pétersbourg le 16 février 1800, mort à Dresde le 5 mars 1884. Sa mère, Olga Pavlovna Stroganova (1808-1837), une riche héritière dont le mariage fut à l’origine d’un scandale puisqu’elle fut enlevée par son futur mari sans le consentement des parents, le puissant comte Stroganov. Le mariage aurait été prononcé en secret dans une église de village. L’époux et ses témoins furent traduits devant un tribunal militaire. On dit que cette histoire aurait inspiré Pouchkine pour son roman « La tempête de neige ». La comtesse eut trois enfants et mourut de consomption, c’est-à-dire d’épuisement lié probablement à la tuberculose.
Le fils aîné, Pavel (Paul) sera élevé par sa tante, deviendra capitaine des gardes de sa majesté l’empereur de toutes les Russies. On le verra successivement cité parmi les membres du Gotha. Il est parfois désigné comme « directeur de l’administration de la vènerie impériale », comme « Attaché (ou parfois secrétaire) à l’ambassade de Russie à Paris », ou encore comme « Conseiller d’État actuel. Grand-maître des cérémonies ».
Il épousa le 14 avril 1862 en la paroisse Saint-James Westminster (Middlesex) Anna Anne-Marie Fernandez, née le 29 mars 1835 à Bordeaux, fille d’un colonel de l’armée, Francisco Antoine Louis Fernandez. Mais là encore, le mariage posa un problème car deux enfants étaient déjà nés : Françoise Marie Jeanne Fernandez née en 1859 et Anna Olga Angèle Fernandez née en 1861. Elles ne furent légitimées qu’en 1862, après le mariage des parents. Leur troisième enfant, Pavel Pavlovitch Alexis Fersen naquit le 13 septembre 1862 à Salbris (Loir-et-Cher). Il sera aide-de-camp du grand-duc Wladimir et mourra le 30 avril 1912, à l’âge de 49 ans de tuberculose au sanatorium du château de Durtol (Puy-de-Dôme) qui fut le premier sanatorium français créé en 1897 par le Dr Sabourin. Quant à leur mère Anna, elle mourut en 1864, à l’âge de 29 ans, probablement de tuberculose.
Le comte Paul de Fersen
Qu’est-ce qui amena le comte Paul de Fersen à venir s’installer à Antibes. Probablement l’attrait du climat et la présence d’une forte colonie russe. Il acheta en 1863 une grande propriété connue sous le nom de Villa La Reynarde, située au carrefour entre l’actuelle route de Grasse et le chemin des Combes. La villa a aujourd'hui disparu comme beaucoup de témoins du riche passé antibois, pour laisser place aux immeubles « Les Bastides ». Le chemin de la Reynarde fut agrandi, prolongé jusqu’à la chapelle Saint-Claude et prit le nom de Chemin des Combes.
Dans son guide d’Antibes et de ses campagnes, J.-B. Meiffret écrit : « C’est au comte de Fersen que les Antibois doivent la route du Cap et la fortune qui parait de plus en plus sourire à ce quartier enchanteur ». En effet, le comte Paul de Fersen fonda avec 82 propriétaires antibois une société en 1864 dont le but était de mettre à disposition des terrains à bâtir à Antibes. Cette société, au capital de 650 000 francs réunissait des gens d’horizons divers tels que le prince Galitzine, François Christophe Edmond Kellermann, 3e duc de Valmy, Adolphe Dennery, auteur célèbre alors du mélodrame « Les Deux Orphelines ». Son projet était de permettre à la ville d’Antibes de rivaliser avec ce qu’avait fait Lord Brougham à Cannes. Il s’engageait alors à financer l’aménagement de la route du Cap et à payer tous les frais nécessaires à l’acquisition des terrains et à la viabilisation de ceux-ci. Il faut dire qu’à l’époque, les terrains du Cap d’Antibes, considérés comme inhospitaliers, se vendaient pour quelques centimes le m². A son décès prématuré le 18 décembre 1865, c’est son beau-frère, Alexis Pletcheeff qui poursuivit son projet, associé au comte Serguei Alexandrovitch Stroganov (1852-1923) et au prince Galitzine. Mais alors que le projet du comte de Fersen couvrait l’ensemble de la commune, M. Pletscheef le limita au Cap. Ceci attira quelques nouveaux investisseurs. Parmi eux, M. Gustave Thuret, James Close, James Wyllie…
Un certain mystère persiste quant à son décès puisque, pour certains, il est mort à Nice en 1865, pour d’autres, à Paris où il résidait rue de Lübeck (16e) mais à la date du 18 décembre 1866.
En raison de sa générosité envers la ville et ses habitants, la municipalité a souhaité inscrire son souvenir en donnant son nom à la rue de l’Évêché qui jouxtait le vieil hôpital.